Test : Guitar Hero : World Tour
Le 14/11/2008 par Farro



Les uns l'adorent, les autres détestent. Toujours est-il que la série des Guitar Hero ne laisse pas indifférent dès qu'il s'agit de débattre de ses qualités et ses défauts.

Depuis que le premier volet est sorti sur PlayStation 2, il y a trois ans de cela, les tenants d'une certaine ligne pure et dure ainsi que les membres d'une autre vision plus progressiste n'ont cessé de se crêper le chignon concernant l'intérêt mérité (ou pas) de ce fils spirituel des Guitar Freaks et autres Drum Mania. Si à l'époque des premières tentatives de Konami d'imposer le rhythm'n Games sur les machines de salon, on voyait avec une certaine condescendance le succès d'estime de ces jouets considérés comme aimable divertissement pour gamins, aujourd'hui le succès quasi-planétaire des Guitar Hero change quelque peu la nature des débats. Devenue en l'espace de trois épisodes et deux générations de consoles un véritable phénomène de société, la série initiée par Harmonix cristallise autour de sa réussite les vieux antagonismes casual vs hardcore, Démocratisation vs élitisme et plus globalement réel vs virtuel. D'un côté on trouve ceux qui voient dans la popularité de Guitar Hero le parfait amalgame entre le jeu et le divertissement et de l'autre, ceux qui considèrent la victoire des "Guitar Hero Maniacs" comme celle de la facilité et du mauvais goût. Les musiciens y voient ainsi le reflet des valeurs de la téléréalité et les hardcore gamers celles du casual gaming tant honni. A l'inverse, les fondus de la guitare en plastoc vouent un culte sans limites au développeur américain pour leur avoir permis de concrétiser leur rêve de gamin : briller sur la scène quand bien même restreinte de leur salon. A Jeux Mag, vous l'aurez deviné, on a déjà choisi notre camp : celui du jeu, du fun et de l'expression artistique. Car ranger Guitar Hero dans la case des "social game" à l'image des Buzz ! Ou des Singstar, c'est oublier un peu vite tout le travail de fond qui se cache derrière. En effet, Guitar Hero possède le double intérêt d'offrir une introduction progressive à l'interprétation musicale tout en respectant les fondamentaux d'un jeu vidéo, à savoir le challenge. Non seulement on a affaire à un jeu dans la plus pure tradition du terme, mais aussi d'initiation à la musique. Signe que les mentalités sont en train de changer, alors qu'au départ les négociations pour obtenir les droits des morceaux ressemblaient aux marathons agricoles de la PAC, désormais ce sont les groupes eux-mêmes qui viennent frapper à la porte afin d'assurer leur présence sur la tracklist. Bien sûr, les intérêts commerciaux ne sont pas étrangers à cette évolution. Pour autant, voilà également une forme de reconnaissance devant le respect et l'abnégation d'Harmonix. Le raz-de-marée Rock Band, confirme s'il le fallait-la pertinence et l'authenticité du concert élargi cette fois-ci à un groupe dans son ensemble. Ajouter une basse, une batterie et un chanteur, si l'évolution paraissait évidente, encore fallait-il avoir les c... de tenter le coup !

We want to break free

Rock Band tel est d'ailleurs le défi auquel s'attaque ce quatrième volet de la série intitulé World Tour, testé ici sur Xbox 360. En effet, pour ceux qui n'auraient pas suivi les précédents épisodes de la saga Guitar Hero, Harmonix a abandonné les droits de sa franchise au profit d'Activision qui a donc mis Neversoft aux commandes de sa destinée. Harmonix en a alors profité pour se lancer dans un nouveau challenge, celui de Rock Band. Cette petite parenthèse historique n'est pas anodine, puisque de l'avis de tous, les deux meilleurs GH sont ceux développés par Harmonix. D'où une pression légitime pour l'équipe à l'origine des Tony Hawk dont le Legend of Rocks et les divers add-on (Rock The 80's et Aerosmith) n'ont pas totalement convaincu. Capitalisant sur un gameplay efficace mais sans le faire évoluer et privilégiant la difficulté à l'aspect mélodique (rappelez-vous de l'Expert de GH III...), le syndrome Singstar semblait tout droit prendre au nez de nos sympathiques californiens. En outre, un GH IV remixant sans vergogne le principe de Rock Band laissait sceptique pas mal d'experts du genre et nous les premiers. Mais suivre le mouvement n'est pas toujours une mauvaise chose, surtout lorsque son concurrent direct se saborde comme l'a fait Rock Band de ce côté-ci de l'Atlantique. Si sa popularité aux Etats-Unis est incontestable, ce qui a laissé pour Neversoft, une énorme marge de manoeuvre. Cette dernière n'en demandait pas tant d'autant qu'évidemment conscient de sa position d'outsider, il a pris les choses en mains pour faire de ce Guitar Hero World Tour plus qu'une alternative. Un véritable produit innovant. Comment me direz-vous ? Eh bien tout d'abord en proposant des instruments à la qualité d'une F1 qui dévoilerait sa nouvelle aérodynamique, la découverte du design des accessoires de ce GH World Tour. Hormis le micro, toujours filaire et en tout point comparable à celui de son concurrent, tant la guitare que la batterie ont profité d'une refonte en profondeur et d'un bond technologique vraiment spectaculaire. Sachez que RedOctane, à l'origine du hardware, a tenu compte des critiques des joueurs pour l'élaboration de ses accessoires. Et ça se voit ! La guitare profite ainsi d'une taille accrue de son corps, de son médiator et de son vibrato pour une prise en main totalement optimale. Autre évolution notable, l'apparition d'un second set de touches (à l'image de la gratte de Rock Band) qui permet d'accomplir des solos sans médiator et d'agrémenter votre performance de différents effets sonores. La batterie quant à elle propose non seulement une disposition de ses éléments enfin réaliste avec les deux cymbales légèrement surélevées, mais aussi des touches à l'intensité progressive. Comprenez que plus vous tapez fort et plus le son sera important. Exit en outre la matière plastique un peu cheap de Rock Band, ici les toms ne font quasiment plus aucun bruit ce qui permet de profiter d'un toucher incomparable. Un régal !

Videogame Ga Ga

Tout le monde le sait, au-delà de la perfection de ses instruments, un Rhythm'n Games n'est rien sans une playlist de feu et des modes de jeu à l'unisson. Et malgré un défi de taille-Rock Band faisant de ce point de vue carton plein-, l'équipe de Neversoft ne s'est pas dégonflée en nous concoctant un programme à la limite du délirant. Vous souhaitez vous immerger dans un concert grandeur nature ? Créer votre groupe de la tête au pied ? Devenir les maîtres de la scène online ? Mettre vos talents de compositeur à l'épreuve ? Eh bien tout ça est possible. Commençons d'ailleurs par le plat de résistance et plus de quatre-vingt-cinq chansons au menu. Histoire de bien mettre en perspective ce chiffre, sachez que c'est deux fois plus que GH III ou Rock Band ! Vous imaginez un peu ! Au petit jeu des licences, pas mal de noms ; Everlong des Foo Fighters, Rebel Yell de Billy Idol ou encore Sarteria de Sublime, et beaucoup d'autres... En passant, les morceaux ne sont plus de simples arrangements mais bien des versions originales, ce qui ajoute un cachet supplémentaire d'authenticité à un jeu qui n'en manque pas déjà pas. Pour asseoir cette crédibilité, World Tour a d'ailleurs remis le mode Story au goût du jour. Non linéaire, il reprend en partie la structure du mode Tour de Rock Band avec de multiples concerts à découvrir (composés de plusieurs chansons à interpréter) et une arborescence proposant plus de niveaux que les paliers de GH III.

Dès le départ, vous avez ainsi le choix entre trois concerts différents. Une fois le concert choisi achevé, un nouvel embranchement s'ouvre et ce, jusqu'au concert final. L'idée étant de ne plus vous obliger à un fastidieux parcours du combattant tout en offrant un fort "replay value". Libre à vous par la suite de reprendre le mode Carrière via un autre chemin. Autre point très intéressant, les options online dont le quatre contre quatre (absent de Rock Band) ont de quoi nous enchanter. Côté moteur de jeu, il ne faut pas s'attendre à une évolution significative. On retrouve les mêmes graphismes et le look rock cartoon de GH III. De nouvelles scènes font évidemment leur apparition, mais toujours avec ce public aux mouvements robotisés. Petite déception donc même si pour compenser ce léger défaut, World Tour a mis le paquet au niveau des possibilités de customisation. C'est bien simple : on peut faire ce qu'on veut ! Corpulence, visage, vêtements, accessoires, chaque aspect propose une vingtaine de modifications possibles. Idem pour les instruments qui évoluent du tout au tout. Les créatifs vont pouvoir s'en donner à coeur joie ! Et c'est peu de le dire. Car le clou du spectacle, un éditeur de morceaux vient s'inviter à la fête. Ultra performant, il ouvre carrément une nouvelle ère pour le genre. Grâce au GH Tunes, une zone de partage (gratuite) en ligne, la communauté des Guitar Hero, déjà fort conséquente, risque de faire un bond gigantesque. Imaginez, télécharger ses créations et récupérer l'oeuvre des autres. Il faut juste se familiariser avec un outil à la complexité avérée, mais à la puissance incroyable.

On reprend : un hardware top niveau, une playlist énorme, une vraie communauté en ligne et graal de tout musicien, un éditeur de morceaux... A moins d'être totalement réfractaire au genre, impossible de ne pas chanter en coeur avec nous : We are The champions !!!


Bilan :
Complet, convivial, rock'n roll, mais aussi... élitiste. Elaborée, la partie création musicale ne s'adresse pas au premier venu. Le prix complet non plus (65€ pour le jeu, mais 200€, pour le pack, instruments compris). C'est bien cher !

7/10
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Infos Jeu

Guitar Hero : World Tour



Editeur : Activision
Développeur : Neversoft Entertainment
Genre : Musique
Nombre de joueurs : 1-4
Sortie Française : 21 novembre 2008
Sortie US : 27 octobre 2008
Sortie Japonaise : Inconnue
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